lundi 17 avril 2017

L'histoire de Jésus7 clés pour décoder la Passion

En l’an 30, à Rome, personne ne peut imaginer qu’un sombre règlement de compte entre religieux, dans la lointaine province de Judée, va changer le sort du monde. Les témoignages s'accumulent pourtant très rapidement. Ils vont perpétuer les faits et gestes de Jésus, en particulier la Passion, qui reste le moment de sa vie le plus connu. 
L'exégèse des textes ainsi que les recherches historiques et archéologiques dévoilent désormais les différences entre les récits évangéliques, ainsi que le rôle joué par les différents acteurs de la passion de Jésus Christ.
Jean-Yves Riou
Revue Codex, 2000 ans d'aventure chrétienne, printemps 2017, #3.
Jésus : ce que savent historiens et archéologues
Codex, 2000 ans d'aventure chrétienneCet article est tiré du dossier « Jésus, la Passion au regard de l’histoire et de l'archéologie »Codex #03, printemps 2017, 176 pages, 15 euros.
Richement illustré, le magazine présente aussi un cahier pédagogique sur Les hommes de la Renaissance, une visite en images des Citadelles du Danube, des articles d'actualité dont une critique du dernier livre de Michel Onfray, Décadence etc. Notons aussi Jeanne d'Arc en bande dessinée. 
Codex est disponible en kiosque, en librairie et sur internet. Un régal pour les yeux et l'esprit (feuilleter le magazine).

1 ★ Un fait divers aux confins de l’Empire ★ 

Comme l’écrit l’historien américain John P. Meier, Jésus est un juif marginal dans une province marginale de l’Empire. Son arrestation, son procès et sa mort sur la croix (que nous appelons la Passion) restent, à l’échelle de l’Antiquité, un fait divers. Le plus étonnant, donc, est que nous possédions autant d’informations sur cette affaire. Selon Charles Perrot, le récit de la Passion est l’un « des rares documents de l’Antiquité rapportant un récit historique détaillé et chronologiquement disposé sur quelques heures. »
Buste de l'empereur romain Tibère, Musée archéologique régionale de Palerme.Nous connaissons le lieu, les protagonistes et le mobile (les récits évangéliques répondent à l’acte d’accusation). Des sources extérieures confirment les sources chrétiennes. Ainsi Flavius Josèphe écrit dans son livre Les Antiquités juives : « En ces temps-là paraît Jésus, un homme sage […] Et quand Pilate, sur la dénonciation des premiers parmi nous le condamna à la croix […] ». L’historien romain Tacite écrit dans les Annales : « Ce nom (chrétiens) leur vient de Christ, que sous le principat de Tibère, le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice. »
On pourrait objecter que Josèphe et Tacite ne font rien d’autre que reproduire ce que les chrétiens disaient du fondateur de leur religion, mais, à leur époque, certaines de ces données sont encore vérifiables. Josèphe écrit soixante ans après les faits et Tacite moins de cent. La polémique antichrétienne n’est pas en reste.
Celse, philosophe du IIe siècle, écrit : « On sait comment il (Jésus) a fini, la défection des siens, la condamnation, les sévices, les outrages et les douleurs de son supplice. Ce sont là des faits avérés qu’on ne saurait déguiser […] » On peut lire encore dans le Talmud de Babylone : « La veille de la Pâque on pendit Jésus le Nazaréen. »
La Palestine au temps de Jésus : en vert la zone occupée par Rome, en bleu, la zone «libre» du roi Hérode Antipas (Codex)

2 ★ La victime : un prophète charismatique itinérant ★ 

La victime de ce fait divers se nomme Jésus. Son nom est un diminutif et une forme abrégée de Yehôsâa‘ (Josué), le héros biblique, successeur de Moïse, qui fit entrer le peuple d’Israël dans la Terre promise. Ce nom est d’usage tellement courant en Palestine que, pour identifier le Jésus dont on parle, il est nécessaire de préciser son origine géographique, Nazareth, un village rural de Basse-Galilée.
Politiquement et économiquement stable pendant toute la vie de Jésus la région est administrée par le tétrarque Antipas, fils d’Hérode le Grand, et vassal de Rome. La vie religieuse d’un juif galiléen est structurée par de grands repères : la circoncision, les grands pèlerinages, dont celui à Jérusalem.
Il s’agit d’une religiosité populaire et rurale assez éloignée des débats « techniques » qui agitent sadducéens, pharisiens ou esséniens en Judée. Mais la foi galiléenne est très vivante. Elle est même le cœur d’une forte identité qui se sent concurrencée par la proximité de villes culturellement hellénisées, comme Sepphoris ou Tibériade, la nouvelle capitale.
Jésus quitte son métier d’artisan du bois pour suivre le mouvement baptiste de Jean (ce fait est débattu) et commence sa vie publique vers environ 28 de notre ère. En l’an 15 de Tibère selon le synchronisme de Luc. Jésus de Nazareth a laissé un souvenir fort à ses contemporains. On note une convergence forte des sources extérieures et des évangiles sur l’image qui restait du Jésus historique : c’était un maître, un rabbi, un sage ou un sophiste, comme disent les Grecs ; c’était aussi un thaumaturge.
Des choix originaux, comme l’abandon de son statut d’artisan ou le célibat, ont pu heurter les juifs pieux. Il est certain aussi qu’un Juif de Galilée, parlant avec autorité de la Loi et du Temple, ne pouvait qu’entrer en conflit violent avec les représentants de l’ordre établi.
Maquette de Jérusalem au Ier siècle, Musée d'Israël. Au premier plan, la ville basse; au second plan, la forteresse d'Antonia (à gauche) et le Temple (à droite).

3 ★ Les protagonistes du drame sont réunis à Jérusalem ★ 

Ce sont la Pâque juive et les sacrifices du Temple qui rassemblent à Jérusalem tous les protagonistes du drame. Les pèlerins de Palestine mais, aussi, de la diaspora rejoignent la ville sainte. Pour la Pâque, la population de Jérusalem explose. Même si les chiffres continuent d’être discutés, on estime que la population, habituellement autour de quarante mille habitants, double voire triple.
Les risques d’agitation et d’émeutes sont réels. Flavius Josèphe, dans les Antiquités juives, rapporte au moins deux incidents graves ayant marqué les fêtes de la Pâque, provoquant la mort de milliers de personnes. C’est la raison pour laquelle Ponce Pilate, le gouverneur romain de la Judée, qui réside habituellement sur la côte, à Césarée, la capitale administrative, a fait le déplacement.
Temple d'Hérode, Musée d'Israël.La Judée, mais aussi la Samarie et l’Idumée sont, en effet, administrées directement par Rome depuis l’an 6 de notre ère. Pilate est venu renforcer la petite garnison romaine de la ville, une cohorte (six cents hommes) commandée par un tribun.
Centre du culte juif, le Temple est donc au cœur de toutes les attentions. Reconstruit par Hérode, il est devenu un sanctuaire gigantesque, encore inachevé à l’époque de Jésus. Il est dirigé par les sadducéens, critiqués par le peuple, mais interlocuteurs politiques et religieux des Romains.
Depuis la Galilée, Jésus est venu aussi accompagné de ses disciples. Ils vont mettre trois ou quatre jours pour atteindre la ville sainte. Jésus connaît les dangers de ce pèlerinage. Sa prédication est en effet un défi au Temple.
Vue actuelle de Jérusalem depuis le mont des Oliviers (Codex)

4 ★ En Judée occupée au temps de la Pâque juive ★ 

C’est pendant « le contexte explosif de la Pâque » que se déroulent l’arrestation et le procès de Jésus. Explosif parce que l’effervescence religieuse est à son comble. Les Juifs sont venus à Jérusalem pour respecter l’une des trois grandes fêtes de pèlerinage prescrites par la Bible hébraïque et célébrer les sacrifices rituels.
Mais le contexte politique n’est pas neutre : au temps de Jésus, les Juifs fêtent l’Exode et leur libération d’Égypte mais en Judée ils vivent toujours sous domination étrangère, puisqu’ils subissent le joug romain. La Pâque juive (Pessah) commence au soir du 14 du mois de nissan. C’est le premier mois de l’année liturgique, à partir duquel se comptent les fêtes. Pour nous, nissan tombe entre le mois de mars et d’avril.
Jésus est donc mort un mois d’avril mais peut-on préciser l’année ? Les quatre évangiles fixent la mort de Jésus un vendredi, veille du sabbat (*). Mais ils divergent ensuite en ce que leurs récits comparés traduisent un décalage d’un jour. Pour les synoptiques (Marc, Matthieu et Luc) – les spécialistes considèrent que Matthieu et Luc dépendent de Marc – Jésus est mort un vendredi jour de la Pâque. Il a été crucifié à la troisième heure romaine (9 h) et serait mort vers midi (Marc 15, 25).
Il a donc participé la veille (le 14 nissan) au repas pascal. Selon la chronologie de Jean, ce vendredi n’est pas le 15 mais le 14 nissan. Jésus a été crucifié à la sixième heure (à midi). Jésus serait donc mort le 7 avril de l’an 30, si on retient la chronologie johannique et le 27 avril de la Pâque 31, si on retient la chronologie marcienne.

5 ★ Jésus de Nazareth, « roi des juifs » ★ 

Une maquette de la forteresse Antonia, Musée d'Israël. Reconstruite par Hérode le Grand, elle est occupée, à l'époque de Jésus par la garnison romaine.Les quatre évangiles rapportent la présence d’un titulus (un écriteau) expliquant l’identité du condamné et le motif de sa condamnation. L’usage d’un titulus est courant dans l’Antiquité tant pour les condamnés que pour les cérémonies de triomphe des légions. Le titulus des évangiles nous apprend que Jésus de Nazareth a été condamné comme « roi des Juifs », pour l’occupant romain il s’agit d’une accusation de haute trahison.
En donnant avec quelques variantes le texte de l’écriteau de la croix, les auteurs des évangiles ont eu le souci de fournir une preuve documentaire. Ce point est historiquement solide. L’écriteau a été vu par les contemporains et on pouvait toujours en consulter la minute dans les archives. Les évangiles ne pouvaient donc pas réinterpréter le jugement des autorités qui ont condamné Jésus et « roi des Juifs » n’est pas un titre que les chrétiens lui auraient donné.
Palais du grand prêtre. Reconstitution de la salle de réception où Anne interrogea Jésus (©  Ritmeyer,Codex)Les évangiles mais aussi les sources juives et romaines authentifient le rôle joué par Pilate. Jésus a bien été condamné à l’issue d’un procès romain. Mais l’action judiciaire fut déclenchée par une dénonciation des notables juifs. Toutes les sources orientales relèvent ce dernier point : Flavius Josèphe, le lettré syrien Mara Ben Sarapion, au IIIe siècle, ou le Talmud de Babylone. Bien des zones d’ombre subsistent.
Ce n’est pas l’accusation de blasphème qui a été retenue, dans le cas d’un flagrant délit elle aurait débouché sur une lapidation. Il est vraisemblable que l’attitude générale de Jésus vis-à-vis du Temple, qu’il faut relier à deux épisodes historiquement certains (l’entrée triomphale à Jérusalem et l’action contre les marchands dans la cour des Gentils) a été déterminante pour les grands prêtres. Et cela, même si l’ampleur de ces événements doit être relativisée par la présence de l'occupant romain.

6 ★ Un procès bâclé ★ 

Dans le Talmud (*) de Babylone, la tradition juive tente de répondre à l’accusation chrétienne de procès bâclé. La peur des réactions de la foule et le contexte proche de la fête offrent de bonnes raisons de se hâter. Selon les évangiles, vers minuit, Jésus est arrêté par la police du Temple dans un jardin situé dans la vallée du Cédron au pied du mont des Oliviers. Il semble que cette troupe ait eu besoin d’aide pour le localiser et l’arrêter discrètement, à une période où la ville sainte est envahie par des pèlerins du monde entier.
Arrêté à minuit, Jésus meurt sur la croix le lendemain à midi (ou à 15 h). Que s’est-il passé entre-temps ? Tôt le matin, selon la pratique judiciaire des magistrats romains, Jésus a comparu devant Pilate. Si on voulait se débarrasser de lui, ce procès était nécessaire car seul l’occupant, sauf cas d’infractions religieuses particulières (adultère, blasphème) en flagrant délit, a le pouvoir d’exécuter une peine capitale. Et cela depuis l’arrivée de Coponius, premier préfet de la province de Judée.
Le procès romain a-t-il été précédé par un procès religieux devant le sanhédrin comme le laissent entendre Marc et Matthieu ? La réalité d’un tel procès est contestée par la majorité des historiens. Il contredirait les règles de la Mishna (*) sur le fonctionnement du sanhédrin (les réunions ne peuvent se tenir un jour de festivité [ou de préparation], elles ne peuvent se dérouler de nuit, elles doivent avoir lieu sur le parvis du Temple).
Mais d’autres se demandent si ces règles d’origine pharisienne, compilées au IIe siècle, s’appliquaient dans les années 30 à un sanhédrin dominé par les sadducéens. L’exégète américain Raymond Brown penche pour une réunion informelle pour décider de la conduite à tenir devant les Romains.
Une simple tombe creusée dans le roc accueillit Jésus. Reconstitution d'une tombe du 1er siècle (© Ritmeyer, Codex)

7 ★ La crucifixion une mort infamante ★ 

L’aventure commencée en Galilée s’achève à Jérusalem par un échec et une mort infamante. Les auteurs de l’Antiquité sont unanimes sur ce point, la crucifixion est « la mort la plus méprisable de toutes » (Flavius Josèphe), « le supplice le plus cruel et le plus terrible » (Cicéron) et, pour les Juifs, une malédiction (Dt 21,23).
À l’époque de Jésus, la crucifixion est un supplice romain destiné à châtier les esclaves et les ennemis de l’État. Elle peut prendre des formes variées selon l’imagination et le sadisme des bourreaux. L’objectif est de faire un exemple et d’inspirer la terreur. Il est aussi de faire durer les souffrances du condamné.
À l’issue du procès, une flagellation publique fait partie du dispositif pénal. Le condamné porte ensuite la traverse de la croix (patibulum) jusqu’au lieu de l’exécution situé, selon l’usage romain mais aussi juif, à l’extérieur de la ville. Pour Jésus dans un lieu visible depuis la ville, appelé Golgotha.
La mort par crucifixion est une torture lente. Le condamné meurt par asphyxie ce qui peut prendre des jours. Selon les évangiles la mort de Jésus est rapide. Il évite ainsi le crurifragium, l’usage de briser les jambes des condamnés afin d’accélérer l’asphyxie. Après leur mort, selon la pratique romaine, les suppliciés demeurent sur le gibet, abandonnés aux oiseaux de proie et aux chiens sauvages. Les Romains jettent ensuite les cadavres dans une fosse commune.
Il n’en a pas été ainsi pour Jésus. Ce qui peut s’expliquer par le contexte de la Pâque (les corps sur la croix sont une impureté qui contamine la ville) et de la Loi juive prescrivant d’enterrer le cadavre des suppliciés avec le coucher du soleil. Philon et Flavius Josèphe citent plusieurs cas semblables.

Napoléon (1769 - 1821)Ombres et lumières d'un destin d'exception

Aucun homme n'a connu dans l'Histoire moderne une gloire comparable à celle de Napoléon 1er. L'historien Jean Tulard rappelle qu'il se publie à son sujet, depuis sa mort, dans le monde, en moyenne un livre par jour !

Le nouvel Alexandre

Le destin de Napoléon 1er, aussi foudroyant que celui d'Alexandre le Grand, s'est accompli en moins de vingt ans, de son départ pour l'armée d'Italie (1796) à celui pour Sainte-Hélène (1815).
Bonaparte, par David (musée du Louvre)De même qu'Alexandre a fondé un nouveau monde sur les dépouilles de la Grèce classique, Napoléon 1er, en vidant la France de sa force vitale, a déclenché des secousses telluriques qui ont donné naissance à notre monde.
Issu de la petite noblesse corse, le futur Empereur des Français quitte à dix ans son île avec une bourse pour entrer à l'École militaire de Brienne-le-Château puis, cinq ans plus tard, à l'École militaire de Paris dont il sort en 1785 à la 42e place sur 58. 
Lieutenant d'artillerie, médiocre cavalier, ses ambitions le portent vers l'écriture (il se rêve en écrivain) et la Corse, qu'il rêve de libérer. Il ne se détachera de celle-ci qu'en 1793, quand sa famille en sera chassée par son idole, le chef nationaliste Pascal Paoli.
Il a vingt ans quand débute la Révolution française. L'entrée de la France dans la guerre, en 1792, va lui permettre de démontrer ses talents de chef et de stratège. Il se fait remarquer par Augustin, le frère de Robespierre, au siège de Toulon, qui s'est livrée aux Anglais. Son succès lui vaut à 24 ans le grade de général de brigade.
Après la chute de Robespierre et une brève disgrâce, le jeune homme se fait une nouvelle fois remarqué par ses talents d'artilleur en canonnant une manifestation de royalistes sur les marches de l'église Saint-Roch, à Paris. Cela lui vaut le surnom méprisant de « général Vendémiaire ».
Mais grâce à l'entregent de sa maîtresse Joséphine de Beauharnais, proche du Directeur Barras, il obtient en 1796 le commandement de l'armée d'Italie. Dès lors, ses succès militaires, de Lodi à Rivoli, magnifiés par ses soins, vont donner naissance à sa légende. « Bonaparte vole comme l'éclair et frappe comme la foudre », dicte-t-il par exemple aux rédacteurs qui transmettent les bulletins militaires aux journaux de tout le pays. Il couronne son triomphe avec le traité de Campoformio dont il dicte lui-même les conditions à l'Autriche. Sans état d'âme, il livre la vénérable République de Venise à son ennemie pour faire accepter à celle-ci la cession de la rive gauche du Rhin à la France.
[cliquez sur la frise et suivez les événements de la période]Frise chronologique de la vie de Napoléon

Bonaparte clôt la Révolution

Quand il revient en France, le gouvernement du Directoire apparaît encore solide. Faute de perspective, le général se laisse convaincre par Talleyrand de prendre le commandement d'une expédition en Égypte, en vue de couper la route des Indes aux Anglais. L'idée le séduit. Elle aboutit à un échec cinglant mais dont l'opinion ne prend guère conscience, trompée par la distance, l'exotisme et le ton grandiloquent des bulletins militaires (« Soldats, songez que du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ! »).
Premier Consul en 1799, le jeune Corse achève la Révolution avec des réformes qui imprègnent encore notre société et notre manière de vivre. Il promulgue le Code Civil, pacifie les relations entre l'État français et l'Église catholique et fonde la plupart des grandes institutions actuelles (préfets, Université, Banque de France, École polytechnique, Légion d'Honneur...).
Il lance aussi de grands travaux à Paris dont beaucoup ne seront achevés que sous le règne de Louis-Philippe 1er : la colonne de la Grande Armée (ou colonne Vendôme), le Temple de la Gloire (aujourd’hui église de la Madeleine), les arcs de triomphe du Carrousel et de l’Étoile, la Bourse, le percement de la rue de Rivoli… 
Les Français brisent à Marengo et Hohenlinden une deuxième coalition européenne. Le Premier Consul en profite pour consolider les « Républiques-sœurs » qui entourent la France, à commencer par la République cisalpine (Milan), qu'il rebaptise italienne. Constatant la faillite de la République helvétique « une et indivisible », il donne à la Suisse une structure confédérale qui va perdurer pour l'essentiel jusqu'à nos jours.

Bonaparte devient Napoléon

Fort de ses succès, Bonaparte consolide son pouvoir avec le titre héréditaire d'Empereur des Français, mais il est rattrapé par la guerre, les Européens et en premier lieu les Anglais supportant mal une France devenue trop puissante. Les Anglais rompent la paix d'Amiens et les Autrichiens, en 1805, envahissent la Bavière sans déclaration de guerre. Cette nouvelle coalition est brisée à Austerlitz. Une quatrième coalition voit la défaite de la Prusse à Iéna (1806) et de la Russie à Friedland (1807), cependant que le peuple espagnol se soulève contre le roi imposé par Napoléon 1er : son frère Joseph (1808).
Voilà encore une cinquième coalition. L'Autriche, vaincue à Wagram en 1809, se soumet de mauvais gré. En 1812, menacé par la concentration des troupes russes à la frontière polonaise, l'Empereur entraîne la « Grande Armée » en Russie. Ce sera sa perte... Napoléon 1er a porté jusqu'à Moscou les idées de la Révolution et du siècle des « Lumières ». Par ses conquêtes, il a révélé les Nations à elles-mêmes pour le meilleur et pour le pire (Italie, Espagne, Pologne, Allemagne, Russie, Égypte).
Grâce à son art de la mise en scène, Napoléon a donné à ses triomphes et à ses échecs une dimension épique que l'on peut seulement comparer à l'épopée d'Alexandre le Grand.
Reddition de la ville d'Ulm le 20 octobre 1805 (peinture de Charles Thévenin, détail, musée de Versailles)

Un projet évanescent

Napoléon 1er renverse le vieil empire germanique et abat la féodalité en introduisant outre-Rhin le Code Civil et les réformes administratives issues de la Révolution. Ce faisant, à son corps défendant, il renforce le pouvoir des gouvernements allemands sur leurs sujets et prépare l'unification de l'Allemagne du Nord.
Il relève le nom de l'Italie et engendre un nationalisme italien. Pour cette raison, « l'Italie aime et a toujours aimé Napoléon », assure l'historien Luigi Mascilli Migliorini. Par opportunisme, il relève temporairement la Pologne, effacée de la carte en 1795, sous le nom de Grand-duché de Varsovie. Les Polonais lui en sont reconnaissants même s'il a évité de rendre son nom au pays pour ne pas froisser ses susceptibles voisins.
Napoléon 1er en habit de sacre (baron Gérard, château de Versailles)
En 1811, poussé par le besoin de sécuriser ses conquêtes, il en vient à régner sur une France de 130 départements, qui pousse ses ramifications jusqu'aux îles de la Frise et de la côte dalmate.
Il est aussi roi d'Italie avec Milan pour capitale, médiateur de la Confédération helvétique, protecteur de la Confédération du Rhin.
Joseph, frère aîné de Napoléon, est roi d'Espagne, son frère Jérôme roi de Westphalie, son beau-fils Eugène de Beauharnais vice-roi d'Italie, le maréchal Murat, son beau-frère, roi de Naples, le maréchal Bernadotte héritier du trône de Suède...
C'est la « France-Europe » selon l'expression de Mme de Staël  ! Une construction fragile et éphémère.
L'Amérique latine profite de la guerre menée par les Français en Espagne et au Portugal pour s'émanciper. Quant à l'Angleterre, ennemie héréditaire de la France, elle bâtit sa puissance à venir sur la défaite de celle-ci.
Et l'on ne saurait oublier que le monde arabe sort d'une léthargie de plusieurs siècles suite à la malheureuse expédition d'Égypte.
La France des 130 départements
Cliquez pour agrandir
De 1809 à 1812, Napoléon 1er dirige de près ou de loin toute l'Europe à l'exception notable de l'Angleterre et de la Russie... Mais les résistances prennent de l'ampleur à mesure que s'accroît sa puissance : paysans espagnols, tyroliens et napolitains ; bourgeois des grands ports et des villes industrielles qu'irritent le « Blocus continental »...
L'Empereur des Français est amené à sévir et, pour imposer sa volonté, ne trouve souvent rien de mieux que d'annexer les territoires récalcitrants à l'Empire français. C'est ainsi que celui-ci en vient à compter 130 départements en 1811, avec 750 000 km2 et 45 millions d'habitants.
James Gillray, Napoléon, assisté de Talleyrand, remodèle les royaumes européens (Montreuil, musée de l'Histoire vivante)

Les ailes du destin

Ce destin prodigieux n'était en rien prévisible.
Napoléon 1er dicte à ses secrétaires (gravure du XIXe siècle)Doté d'un immense pouvoir d'entraînement sur les hommes et de qualités intellectuelles exceptionnelles (capacité d'analyse, mémoire...), Napoléon Bonaparte a aussi bénéficié d'une chance peu commune.
Empereur, il gouverne d'une main de fer la France et ses vassaux. C'est un dictateur à l'antique, qui fonde son autorité sur un relatif consensus bien plus que sur la terreur comme les dictateurs du XXe siècle.
Tout part de lui et tout remonte à lui. Il dicte à ses secrétaires des missives innombrables et comminatoires à l'adresse des préfets, généraux et souverains affidés. Ainsi que le rappelle Jean Tulard, sa correspondance représente pas moins de vingt-huit volumes de six cents pages.
L'application de ses ordres est toutefois entravée par la lenteur des communications, malgré l'apparition du télégraphe. Pour y suppléer, l'Empereur s'oblige à de perpétuels déplacements, accompagné de son secrétariat et de son cabinet (en dix ans de règne, il séjourne moins de trois ans à Paris).
Napoléon 1er a eu le mérite de se laisser guider par les événements, dans une période de grands bouleversements, ainsi qu'il le confie lui-même pendant son exil de Sainte-Hélène : « J'avais beau tenir le gouvernail, quelque forte que fût la main, les lames subites et nombreuses l'étaient bien plus encore, et j'avais la sagesse d'y céder plutôt que de sombrer en voulant y résister obstinément. Je n'ai donc jamais été véritablement mon maître ; mais j'ai toujours été gouverné par les circonstances... ».
Porté par son art de la guerre et son ambition conquérante, l'officier corse a su par ailleurs gagner le soutien de la bourgeoisie avec une politique intérieure conservatrice et toute entière au service des possédants, depuis le serment de ne pas remettre en cause les ventes de biens nationaux jusqu'à la relégation des femmes dans le rôle d'épouse et de mère en passant par la création du livret ouvrier.
Malheureusement pour lui, l'Empereur n'a pu arrêter à temps sa fuite en avant. Quand il y a songé en 1810-1811, après son mariage avec Marie-Louise, il était déjà trop tard. Lui-même avait perdu une partie de son énergie d'antan, se laissant aller à des siestes fréquentes, engraissant, prenant du temps auprès de sa jeune épouse... cependant que ses adversaires, qui ne toléraient pas son hégémonie, préparaient assidûment leur revanche.

La face sombre de l'Empereur

Napoléon 1er apparaît aussi comme un être critiquable à maints égards.
Son insensibilité à la douleur humaine, son ascétisme et son peu d'appétence pour les plaisirs de la vie, la bonne chère et les femmes, le rapprochent de Robespierre, qu'il servit d'ailleurs avec zèle dans sa jeunesse.
Son ambition, tout entière asservie à sa propre gloire, a eu un coût élevé qui lui a valu le surnom de « l'Ogre » : au total environ neuf cent mille morts du fait de ses guerres (*). Elle l'a entraîné dans des entreprises néfastes et sans nécessité, comme en particulier la reconquête du pouvoir après son premier exil sur l'île d'Elbe (les « Cent Jours »).
Bonaparte a aussi manifesté des préjugés racistes en avance sur son temps comme le montrent le rétablissement de l'esclavage en 1802 et le mauvais sort fait au général mulâtre Alexandre Dumas, le père de l'écrivain.
Ces critiques, formulées dès son époque par Chateaubriand lui-même, sont reprises aujourd'hui, avec beaucoup moins de talent, par des auteurs soucieux de déboulonner les idoles. Même si elles ont un fond de vérité, Napoléon n'en demeure pas moins un homme d'État exceptionnel, un personnage fascinant et une source d'inspiration inépuisable pour les historiens, les romanciers et les cinéastes.

Bibliographie

Napoléon (Tulard)Les ouvrages sur l'Empereur sont légion, les plus complets étant ceux de Jean Tulard. On peut lire en particulier Napoléon, les grands moments d'un destin (Fayard), qui décrit les nombreux moments où le destin de l'Empereur a failli basculer.
Pour qui recherche une biographie agréable à lire et solidement argumentée, celle de Jacques Bainville vaut le détour. Simplement intitulée Napoléon, elle est constamment rééditée en collection de poche.
Pour une approche critique de Napoléon 1er, on peut lire avec délectation la Vie de Napoléon (livres XIX à XXIV des Mémoires d'Outre-tombe), par Chateaubriand, également réédité en collection de poche.
À noter plus près de nous la biographie pleine de fraîcheur de l'historien italien Luigi Migliorini.
Fabienne Manière

lundi 24 octobre 2016

1789-2016Les présidents des États-Unis d'Amérique

Voici la liste des 44 premiers présidents des États-Unis d'Amérique, avec la date de leur première entrée en fonction et leur âge à ce moment-là.
On notera leur jeunesse relative : dix présidents sur 44 ont été élus à 60 ans ou plus mais treize à 50 ans ou moins !
Les présidents des États-Unis d'Amérique
1er) 30 avril 1789 : George Washington (56 ans)
Riche planteur et député de Virginie, il devient commandant en chef des troupes indépendantistes en 1775. Charismatique, il est élu et réélu président sans difficulté.
Sous sa présidence sont créées une banque d'État et une monnaie stable, le dollar. Mais il est dissuadé de se présenter une nouvelle fois en raison d'un début d'impopularité et des tensions au sein de son cabinet entre les fédéralistes partisans d'un État fort, groupés derrière Alexander Hamilton, et les républicains-démocrates groupés derrière Thomas Jefferson et James Madison. 
2) 4 mars 1797 : John Adams (61 ans)
Cet avocat fédéraliste plutôt terne figure parmi les acteurs de la guerre d'indépendance et les rédacteurs de la Constitution. Il est né au Massachusetts et non en Virginie comme les autres présidents du jeune État. Avant de devenir président, il a été vice-président et également ambassadeur des États-Unis auprès du roi George III.
L'élection présidentielle l'oppose au brillant Jefferson, partisan d'une plus grande décentralisation, et à une dizaine d'autres candidats. Les grands électeurs s'étant divisés autour de treize candidats suivant des logiques géographiques, il obtient trois voix de plus que le Sudiste Jefferson. Il devient président et Jefferson vice-président.
La présidence d'Adams est marquée en 1798 par une quasi-guerre avec la France révolutionnaire. Adams fait voter des lois d'exception à l'encontre des étrangers, au grand mécontentement des républicains-démocrates qui se mobilisent aux élections suivantes pour faire élire leur champion. Après lui, aucun fédéraliste n'accèdera plus à la présidence et le parti disparaîtra de lui-même.
Thomas Jefferson (13 avril 1743,  Shadwell, Virginie, 4 juillet 1826,  Monticello)3) 4 mars 1801 : Thomas Jefferson (57 ans)
L'auteur principal de la Déclaration d'Indépendance est aussi le chef de file du parti républicain-démocrate, anti-fédéraliste, rousseauiste et pacifiste. Avec lui débute l'ère « des bons sentiments », marquée par une vie politique apaisée. L'opposition entre républicains et fédéralistes s'estompe, ces derniers contribuant par nécessité au renforcement de l'État central. Sous sa présidence, les États-Unis s'agrandissent de la Louisiane, achetée à la France.
Un beau jour pour mourir
Les présidents John Adams et Thomas Jefferson meurent le même jour, le 4 juillet 1826, 50e anniversaire de la déclaration d'indépendance. On dit que les derniers mots de Jefferson furent pour s'en informer : « Is't the Fourth ? » (Sommes-nous bien le 4-Juillet ?). Le 5e président, James Monroe, disciple de Thomas Jefferson, meurt quant à lui cinq ans plus tard, le 4 juillet 1831 (également le jour de la fête nationale).
James Madison (16 mars 1751, Port Conway, Virginie ; 28 juin 1836, Orange)4) 4 mars 1809 : James Madison (57 ans)
Fils d'un riche planteur virginien comme Washington et Jefferson, il participe avec Hamilton à la rédaction de la Constitution. Ami du président Jefferson, il est choisi par le caucus républicain-démocrate comme candidat à sa succession en 1808. 
Sur les instances du Congrès, auquel il doit son élection, le président Madison déclare la guerre à l'Angleterreen juin 1812. Cette « seconde guerre d'indépendance » serait le seul exemple connu de guerre entre deux démocraties... Disciple de Jefferson, James Madison continue à l'intérieur la politique des bons sentiments.
5) 4 mars 1817 : James Monroe (58 ans)
Originaire de Virginie comme ses prédécesseurs (sauf Adams), avocat comme les trois précédents, il est désigné par le caucus républicain-démocrate du Congrès (le « roi caucus ») pour succéder à Madison à la Maison Blanche.
Le Secrétaire d'État John Quincy Adams définit la politique extérieure du pays pour le siècle à venir : les États-Unis n'interviendront pas dans les affaires européennes et considèreront toute intervention européenne sur le continent américain comme une menace à leur sécurité. Elle reste connue sous le nom de « doctrine Monroe » : en trois mots : l'Amérique aux Américains !

6) 4 mars 1825 : John Quincy Adams (57 ans)
Le fils du deuxième président des États-Unis est désigné par la Chambre des représentants suite à une élection embrouillée (unique cas de ce genre) qui oppose entre eux plusieurs représentants du parti républicain-démocrate. Andrew Jackson obtient le plus grand nombre de voix mais, faute d'une majorité absolue de grands électeurs, il doit céder la place au candidat désigné par le Congrès !
Il s'ensuit la division du parti républicain-démocrate entre le parti démocrate et le parti national républicain et la fin de l'ère « des bons sentiments ».
Andrew Jackson (15 mars 1767, Waxhaw, Caroline du Nord;  8 juin 1845, Nashville, Tennessee)7) 4 mars 1829 : Andrew Jackson (61 ans)
Général populaire, héros des précédentes guerres, né en Caroline, c'est le premier président issu du peuple et le premier à ne pas avoir participé à la guerre d'Indépendance. Il rénove le parti (républicain) démocrate et inaugure le spoils systemou « partage des dépouilles », qui consiste à changer le personnel politique après chaque élection.
Alexis de Tocqueville visite l'Amérique avec son ami Gustave de Beaumont pendant la présidence de Jackson.

8) 4 mars 1837 : Martin Van Buren (54 ans)
Renonçant à se représenter, Andrew Jackson suggère au parti démocrate de désigner son vice-président Martin Van Buren pour lui succéder. Fils de fermiers néerlandais, c'est le premier président né après l'indépendance. C'est aussi, jusqu'à l'élection de Lincoln, le premier d'une longue série de présidents effacés dont aucun n'effectue plus d'un mandat.
9) 4 mars 1841 : William Harry Harrison (68 ans)
Avec ce vieux général que ses partisans surnomment affectueusement « Tippecanoe », le parti whig remporte pour la première fois les présidentielles. Mais Harrison a eu l'imprudence de prononcer dans un froid glacial un discours d'investiture de deux heures (un record !). Il est victime d'une pneumonie un mois après son entrée en fonction.
(† 4 avril 1841)
Premier président dont le mandat est brutalement interrompu, il est remplacé au pied levé par le vice-président John Tyler qui, sans attendre une décision du Congrès, se rend à la Maison Blanche et prête serment. Ce précédent sera entériné en 1867 par le 25e amendement à la Constitution.
10) 6 avril 1841 : John Tyler (51 ans)
Sous sa courte présidence, Tyler soutient le droit des États du sud à pratiquer l'esclavage, ce qui le coupe du parti whig et conduit à la démission de son gouvernement.
11) 4 mars 1845 : James Knox Polk (49 ans)
Grâce au soutien d'Andrew Jackson et bien qu'inconnu en-dehors du Tennessee, le démocrate James Polk se fait élire face au whigHenry Clay. C'est la première fois qu'un parti regagne la Maison Blanche après l'avoir perdue. L'alternance s'enracine dans les moeurs politiques.
Expansionniste, James Polk obtient du Congrès l'annexion du Texas, négocie à l'avantage des États-Unis la frontière du Nord-Ouest avec le Canada britannique, puis engage une guerre inique contre le Mexique. Conclue par le traité de Guadalupe Hidalgo, elle vaut aux États-Unis d'immenses agrandissements au Sud-Ouest (Californie, Nouveau-Mexique...).
12) 5 mars 1849 : Zachary Taylor (64 ans)
Le général Taylor a mené la guerre contre le Mexique. Candidat du parti whig, il laisse l'initiative au Congrès. Deuxième président à mourir en fonction, il disparaît alors que le débat fait rage pour déterminer si les nouveaux États du Sud doivent pouvoir rester esclavagistes. Lui-même était prêt à maintenir la cohésion de l'Union par la force.
(† 9 juillet 1850)
13) 10 juillet 1850 : Millard Fillmore (50 ans)
Vice-président devenu président de transition, Fillmore édicte un compromis boiteux sur l'esclavage qui lui vaut l'hostilité de son propre parti, le parti whig.
14) 4 mars 1853 : Franklin Pierce (48 ans)
Le débat sur l'esclavage prend un tour violent et passionnel, avec le Kansas-Nebraska Act : à l'initiative du président Pierce (un whig) et du sénateur Stephen A. Douglas (un démocrate), le Congrès autorise le Kansas et le Nebraska à se prononcer sur la légalité de l'esclavage. Il s'ensuit l'explosion du parti whig. Lui succède l'actuelparti républicain, qui préconise l'abolition de l'esclavage. Le nouveau parti, protectionniste et anti-esclavagiste, est surtout représenté dans le Nord.
15) 4 mars 1857 : James Buchanan (65 ans)
Ancien fédéraliste, il rallie le parti démocrate et l'emporte sur le candidat républicain. Le parti whig est marginalisé et le pays s'installe dans le bipartisme que nous connaissons encore aujourd'hui. 
Président soucieux de la paix civile à tout prix, James Buchanan ne fait rien pour tempérer les revendications des États esclavagistes du Sud. En particulier, lorsque son successeur est élu le 6 novembre 1860 et que la Caroline du Sud fait sécession le 20 décembre suivant, le président, devenu un « canard boiteux », s'interdit toute initiative en attendant l'investiture officielle de Lincoln le 4 mars 1861. Pendant ces douze longues semaines, la situation va considérablement se rendre et rendre la guerre civile quasi-inévitable.
16) 4 mars 1861 : Abraham Lincoln (51 ans)
Élu avec seulement 40% des voix grâce à la division du camp adverse (un record), il conduit avec détermination la guerre contre le Sud sécessionniste. Commandant en chef, il prend d'emblée des initiatives martiales sans requérir l'approbation du Congrès. Celui-ci entérinera ses décisions beaucoup plus tard.
Premier président à être réélu depuis Andrew Jackson, il est aussi le premier à mourir assassiné et ne peut mener à bien la réconciliation nationale après la victoire.
(† 14 avril 1865)
17) 15 avril 1865 : Andrew Johnson (56 ans)
Vice-président aux côtés de Lincoln, il tente de s'opposer au 14e amendement sur les droits civiques, qui accorde la citoyenneté aux Noirs. Cela lui vaut de faire pour la première fois l'objet d'une procédure de destitution (impeachment). La Chambre des représentants le met en accusation le 24 février 1868. Il est acquitté à une voix près mais sort laminé de la procédure.
Pendant les quatre décennies suivantes, jusqu'à l'élection de McKinley, on ne verra à nouveau à la Maison Blanche que des personnalités sans importance, le pouvoir réel revenant au Congrès.
18) 4 mars 1869 : Ulysses Simpson Grant (46 ans)
Commandant en chef des forces nordistes pendant la guerre de Sécession, alcoolique et sans expérience politique, il est néanmoins élu et réélu sans difficulté sous l'étiquette républicaine. Il se montre incapable de sévir contre les brigands et les affairistes qui mettent le Sud à feu et à sang.
19) 5 mars 1877: Rutherford Birchard Hayes (54 ans)
Ce républicain l'emporte sur son rival démocrate bien qu'avec un total de voix inférieur, en raison d'une embrouille électorale dans quatre États (une affaire similaire à l'élection qui a opposé George W. Bush à Al Gore en 2000).
20) 4 mars 1881 : James Abraham Garfield (49 ans)
Blessé par un officier déséquilibré en gare de Washington le 2 juillet 1881, il meurt quelques semaines plus tard. .
(† 19 septembre 1881)
21) 20 septembre 1881 : Chester Alan Arthur (50 ans)
Sous la présidence de ce républicain, le Congrès interdit l'immigration des Chinois, des indigents, des fous et des criminels.
22) 4 mars 1885 : Grover Stephen Cleveland (47 ans)
Premier candidat démocrate élu depuis James Buchanan et la guerre de Sécession... et avant Thomas W. Wilson en 1912. Fait unique, il est réélu en 1892 après un intermède de quatre ans.
23) 4 mars 1889 : Benjamin Harrison (55 ans)
Fils du neuvième président, ce républicain bat le démocrate Cleveland avec moins de voix au total mais davantage de grands électeurs (comme George W. Bush en 2000). Il s'affirme comme défenseur des vétérans de la Guerre de Sécession et des Indiens. Il propose également au Sénat d'annexer Hawaï, un point sur lequel son successeur revint.
24) 4 mars 1893 : Grover Stephen Cleveland (55 ans)
Ayant reconquis la présidence après un intermède de quatre ans, ce président démocrate issu de l'Est industriel mène la lutte contre la corruption, fait face à la panique monétaire de 1893 et abaisse les droits de douane, en rupture avec la tentation protectionniste des républicains (vote du « McKinley Tariff » le 1er octobre 1890). Avec lui, l'économie accède au premier rang des préoccupations gouvernementales.
William McKinley (29 janvier 1843, Niles, Ohio ; 14 septembre 1901,  Buffalo, New York)25) 4 mars 1897 : William McKinley (53 ans)
Le républicain McKinley entraîne les États-Unis dans une guerre inique contre l'Espagne, ce qui a pour effet l'occupation des Philippines, de Porto-Rico... et la transformation des États-Unis en pays colonialiste.
Comme d'autres personnalités de l'époque (Sadi Carnot, Sissi...), McKinley est assassiné par un anarchiste.
(† 14 septembre 1901)
26) 14 septembre 1901 : Theodore Roosevelt (42 ans)
Héros de la guerre contre l'Espagne, vice-président du précédent, Theodore Roosevelt reste le plus jeune président des États-Unis. Il met au pas les trusts et poursuit une politique étrangère impérialiste. Il provoque la sécession du Panama en vue de percer un canal dans l'isthme centre-américain et se rend en 1906 dans ce pays pour se rendre compte des travaux (c'est la première fois qu'un président américain voyage à l'étranger dans le cadre de ses fonctions).
Sa médiation dans la guerre russo-japonaise vaut le prix Nobel de la Paix (1906) à ce président adepte de la « diplomatie du gros bâton ». Il avait coutume de dire : « Speak softly and carry a big stick» (« Parlez avec douceur mais portez un gros bâton »).
George Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln, Mont Rushmore (Dakota du Sud), sculpture monumentale, 1927-1941
27) 4 mars 1909 : William Howard Taft (51 ans)
Ce juriste fut administrateur de Philippines avant de devenir président. Il maintient la politique des tarifs douaniers élevés et fait voter des lois anti-monopole.
Thomas Woodrow Wilson (Staunton, Virginie, 28 décembre 1856 ;  Washington, D.C. , 3 février 1924)28) 4 mars 1913 : Thomas Woodrow Wilson (56 ans)
Professeur de sciences politiques originaire de Virginie, ce président démocrate entraîne son pays dans la Grande Guerre aux côtés des Français et des Anglais. Cette rupture radicale avec l'isolationnisme traditionnel des États-Unis prépare le pays à son futur rôle de « gendarme du monde ». Idéaliste impénitent, Wilson propose aux pays en guerre un plan de paix en Quatorze points. Mais il échoue à faire ratifier par le Congrès de Washington le traité de Versailles, ce qui a pour effet de compromettre gravement l'application de celui-ci.
29) 4 mars 1921 : Warren Gamaliel Harding (55 ans)
Républicain, Harding est le premier président de la décennie 1920, marquée par une succession de présidents de même tendance, partisans du « laisser-faire »économique, qui mettent en place des gouvernements d'hommes d'affaires.
(† 2 août 1923)
30) 3 août 1923 : Calvin Coolidge (50 ans)
Les présidents d'après la Première Guerre mondiale laissent le souvenir d'une grande médiocrité. L'époque est marquée par l'affairisme, la spéculation et le développement du gangstérisme consécutif à la prohibition de l'alcool par le 18e amendement (1919). Ce sont les « Années folles ». Sous la présidence de Coolidge, le plan Dawes, portant sur les réparations que l'Allemagne doit payer à la France, est adopté.

31) 4 mars 1929 : Herbert Clark Hoover (54 ans)
Incapable de prendre la mesure de la crise boursière de 1929, ce président persiste à vouloir convaincre ses concitoyens que « la prospérité est au coin de la rue ». Ironiquement, les bidonvilles peuplés de chômeurs sont surnommés les« Hoovertowns ». Sous l'égide des hommes d'affaires, Hoover lance une politique de« coopération » nationale qui essuie un échec cuisant. Il mène également une politique extrêmement protectionniste.
Franklin Delanoo Roosevelt (30 janvier 1882, Hyde Park, New York ; 12 avril 1945, Warm Springs, Géorgie)32) 4 mars 1933 : Franklin Delano Roosevelt (50 ans)
D'une énergie peu commune malgré une paralysie partielle consécutive à la polio, ce président, cousin du précédent Roosevelt, restaure la confiance chez ses concitoyens victimes de la crise grâce à sa politique du « New Deal » (Nouvelle Donne) qui voit l'État intervenir pour la première fois comme acteur et investisseur dans l'économie (aides sociales, grands chantiers...). La crise n'est pas finie que le pays doit affronter la menace extérieure. Ménageant son opinion publique, farouchement isolationniste, Roosevelt prépare son entrée en guerre contre Hitler aux côtés des Britanniques. L'attaque japonaise sur Pearl Harbor lui fournit le prétexte d'entrer enfin en guerre contre le Japon mais aussi et surtout l'Allemagne. Le président meurt victime d'une hémorragie cérébrale quelques jours avant la capitulation de l'Allemagne hitlérienne, au début de son quatrième mandat (aucun président avant ou après lui n'a entamé plus de deux mandats).
(† 12 avril 1945)
33) 12 avril 1945 : Harry S. Truman (60 ans)
Vice-président du précédent, Truman donne l'ordre de lâcher deux bombes atomiques sur le Japon pour obliger ce dernier à la capitulation. À peine la Seconde Guerre mondiale est-elle terminée qu'il doit faire face à la menace soviétique. C'est la guerre froide. Truman lance le plan Marshall en vue de reconstruire au plus vite l'Europe occidentale et de lui éviter de sombrer dans le chaos.
34) 20 janvier 1953 : Dwight David Eisenhower (63 ans)
Commandant suprême des forces alliées en Europe, Eisenhower est élu sous l'étiquette républicaine. Il met un terme à la guerre de Corée et gère tant bien que mal la guerre froide cependant que l'Occident entre dans une période de prospérité sans précédent.
35) 20 janvier 1961 : John Fitzgerald Kennedy (43 ans)
Jeune et séduisant, Kennedy est aussi le premier président catholique des États-Unis. Il tient tête aux Soviétiques, lance son pays dans la course à la lune et... met le doigt dans l'engrenage vietnamien.
Son assassinat devant les caméras de la télévision bouleverse la planète.
(† 22 novembre 1963)
Lyndon Baines Johnson (27 août 1908,  Stonewall, Texas) ; 22 janvier 1973, Johnson City)36) 22 novembre 1963 : Lyndon Baines Johnson (54 ans)
Moins séducteur que le précédent mais comme lui coureur de jupons invétéré, Johnson s'empêtre dans le conflit vietnamien et doit relever le défi de l'intégration des Noirs américains, victimes de la ségrégation. Martin Luther King est assassiné en 1968, année cruciale.
37) 20 janvier 1969 : Richard Milhous Nixon (55 ans)
Quaker de Californie, ce président républicain, ancien vice-président d'Eisenhower et rival malheureux de Kennedy, met fin à la guerre du Vietnam, négocie un traité de désarmement réciproque avec l'URSS et entame un spectaculaire rapprochement avec la Chine communiste, épaulé par son secrétaire d'État Henry Kissinger. Mais ces actions sont occultées par un sombre tripatouillage électoral dans l'immeuble du Watergate. Une procédure d' impeachment déclenchée par le Congrès l'oblige à la démission (cas unique).
(démission le 9 août 1974)
38) 9 août 1974 : Gerald Rudolph Ford (60 ans)
Premier président à ne pas avoir été élu (pas même comme candidat à la vice-présidence), cette ancienne gloire du cricket s'attire la désapprobation des Américains en graciant son prédécesseur pour les délits commis pendant sa présidence. Sa politique économique est placée sous le signe de la lutte contre l'inflation. Dans un contexte d'affaiblissement de la fonction présidentielle, le pouvoir législatif s'affirme face à l'exécutif. Sur la scène internationale, les États-Unis sont en retrait et la détente avec l'URSS se poursuit.
39) 20 janvier 1977 : James Earl Carter (53 ans)
Démocrate originaire de Géorgie et de confession baptiste, profondément croyant et idéaliste, Carter supervise la réconciliation entre Israël et l'Égypte à Camp David, en 1978. Mais sa gestion brouillonne des affaires afghane et iranienne sème le trouble chez ses concitoyens, encore éprouvés par le conflit vietnamien. Paradoxalement, il lance aussi le premier grand programme de réarmement américain depuis des années.
40) 20 janvier 1981 : Ronald Wilson Reagan (69 ans)
Ancien acteur et plus vieux président des États-Unis, excellent communicant, le républicain Reagan affiche des convictions simples et carrées : anticommunisme, libéralisme... Son slogan favori : « America is back » (l'Amérique est de retour). Il inaugure une « révolution conservatrice » fondée sur le retour du religieux et la libéralisation à tout crin de l'économie. Il entraîne aussi l'URSS dans une course aux armements effrénée (« la guerre des étoiles ») et l'oblige à déclarer forfait.
41) 20 janvier 1989 : George Herbert Walker Bush (64 ans)
Vice-président du précédent, Bush, patricien de la côte Est, cueille les fruits de l'implosion du système soviétique mais n'arrive pas à les faire fructifier. Il engage une guerre contre l'Irak qui a pour effet de déstabiliser un peu plus le Moyen-Orient.
42) 20 janvier 1993 : William Jefferson « Bill » Clinton (46 ans)
Premier président né après la Seconde Guerre mondiale, jeune et charismatique,« Bill » Clinton se signale par de beaux succès en matière économique et sociale. Il n'empêche que la postérité ne retiendra peut-être de son double mandat qu'un prénom, Monica !
43) 20 janvier 2001 : George Walker Bush (54 ans)
Fils du précédent président Bush, cet ancien gouverneur du Texas, chrétien «born again», s'appuie sur la droite religieuse et les dirigeants d'entreprises pour se faire élire en 2000 et réélire en 2004. Chargé de répondre au traumatisme des attentats du 11 septembre 2001, il engage les États-Unis dans une guerre en Afghanistan, entraînant la chute du régime des talibans, puis ouvre un second front en Irak, sur la base d'une accusation sans fondement selon laquelle le régime de Saddam Hussein possèderait des armes de destruction massive.
En héritiers de la « révolution conservatrice » religieuse et ultra-libérale de Reagan, Bush et son équipe estiment que le devoir des États-Unis consiste à répandre la démocratie et le marché dans le monde. Les « neo-cons » dénoncent également le relativisme moral qui prévaut selon eux depuis les années 1960. Leur idéologie rencontre un écho en Europe (Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy).
Dans les faits, la lutte contre le terrorisme islamiste et la prolifération nucléaire devient l'alpha et l'oméga de leur politique étrangère. À l'intérieur, leurs ambitions sont entravées par l'accroissement du déficit budgétaire, en grande partie dû à l'augmentation exponentielle des dépenses militaires. La fin du second mandat est obscurcie par la crise des subprimes, ces crédits hypothécaires à risque, qui entraîne une crise financière, puis une crise économique gravissime, tandis que les États-Unis cherchent des portes de sortie en Afghanistan et en Irak.
Barack Obama (4 août 1961, Honolulu)44)20 janvier 2009 : Barack Hussein Obama (47 ans)
L'élection du 4 novembre 2008 illustre la maturité de la démocratie américaine et montre que les Américains ne sont pas rebutés par la couleur de peau d'un candidat dès lors qu'il est à leurs yeux le meilleur pour la fonction. Barack Obama est le 5e plus jeune président américain, après Theodore Roosevelt, John Kennedy, « Bill » Clinton et Ulysses Grant.

Saint Louis (1214 - 1270) L'apogée de la France capétienne

Le XIIIe siècle français est souvent qualifié à juste titre de  « Siècle de saint Louis » . Né à Poissy  l'année de la bataille de  B...